Meta VR Glasses : le Phoenix est sorti du nid (avec un fil à la patte)

par Pierre
Meta VR Glasses : le Phoenix est sorti du nid (avec un fil à la patte)

Après des années de noms de code et un report à 2027, Meta a enfin montré son casque ultraléger à Connect. Il ne s’appelle pas Quest mais « VR Glasses ». Un très bon produit — mais tant qu’un fil descend vers la poche, le smartphone reste l’écran que tout le monde a déjà sur soi.

Petit rappel pour ceux qui n’ont pas suivi le feuilleton. Meta travaille depuis des années sur un casque ultraléger, qui a changé de nom de code à peu près tous les six mois. Il devait sortir en 2026, puis a été repoussé à 2027 à cause d’un mémo interne qui parlait de se laisser « plus de marge pour soigner les détails ». Mercredi à Connect, Meta l’a enfin montré, sans prononcer une seule fois le mot Phoenix.

Et il ne s’appelle pas Quest. Il s’appelle « VR Glasses ». Ça peut sembler être un détail de marketing, mais quand on se souvient que Meta a fermé Horizon Workrooms en mars, arrêté de prendre de nouveaux clients Quest for Business et fermé trois studios VR, on comprend que le mot « casque » ne fait plus rêver grand monde à Menlo Park. Les lunettes, si : les ventes de celles faites avec EssilorLuxottica ont dépassé 7 millions l’an dernier. Nous en parlions déjà dans notre article sur le marché de l’optique.

Chez nous, la keynote a tourné sur l’écran de la salle de réunion hier soir. Quand le nom « VR Glasses » est apparu, il y a eu un petit silence, puis quelqu’un a lâché : « Donc on ne dit plus casque, c’est ça ? », suivi de près par « Mais c’est quoi ce tee-shirt ? ». C’est à peu près le résumé de la soirée.

Les chiffres, vite fait

1 299,99 dollars, printemps 2027, une centaine de grammes sur le nez, et pas de manettes fournies. Soit environ 1 140 euros au taux actuel, mais on parie sur un prix français plus élevé, comme d’habitude.

L’écran est en micro-OLED, 2412 × 2288 par œil, 37 pixels par degré, contre à peu près 25 sur un Quest 3. Le calcul se fait dans un boîtier séparé : Snapdragon Reality Elite, 12 Go de RAM, même OS que le Quest 3, donc les applis existantes suivent.

Meta VR GlassesQuest 3
Écranmicro-OLED, 2412 × 2288 / œilLCD
Densité37 pixels par degré~25 pixels par degré
Champ de vision70° × 66°~110° × 96°
Poids sur le visage~100 g (+ boîtier ~300 g)tout-en-un

Ce qui a bluffé les testeurs

L’image, évidemment. La journaliste d’Engadget dit n’avoir vu aucun pixel, même en bord d’écran. Mais le truc qui nous intéresse le plus, c’est le passthrough. Road to VR le décrit comme le meilleur jamais vu sur un casque autonome : pas de couture visible, pas de latence notable, pas d’objets qui se tordent quand on approche la main.

Le testeur va plus loin et le juge nettement devant les lunettes AR à optique birdbath. Ça rejoint un débat qu’on a en interne depuis un moment : est-ce que la réalité mixte « vidéo » va battre la transparence optique ? Pour les prochaines années, on commence à penser que oui.

On l’a vécu sur un prototype d’activation en réalité mixte sur Quest 3 : dès que l’utilisateur approchait la main d’un objet virtuel posé sur une table, la déformation du passthrough cassait l’illusion. Les gens ne regardaient plus le produit, ils regardaient leurs doigts onduler. Si les VR Glasses règlent vraiment ce problème, ça change beaucoup de choses pour ce type d’usage.

Autre bonne idée : des capteurs orientés vers le bas, qui permettent de faire tous les gestes les mains posées sur les genoux. Si vous avez déjà tenu 40 minutes de démo Vision Pro les bras en l’air, vous savez pourquoi c’est important.

Côté contenu, Meta a enfin sorti le chéquier : certification IMAX Enhanced, Disney+ en 3D dès novembre, des sorties avec Lightstorm Vision de James Cameron en 2027, et plus de 100 matchs et événements sportifs par an.

Et maintenant, les mauvaises nouvelles

Le poids. Les 100 grammes, c’est vrai, mais seulement sur le visage. Le reste est dans un boîtier d’environ 300 grammes, relié par câble. Et Meta n’a pas vraiment précisé ce que recouvre ce chiffre de 100 grammes. On attendra les balances de cuisine des testeurs.

Le champ de vision. Il est serré : 70° par 66°, contre environ 110° par 96° sur un Quest 3. Pour un film, ça passe très bien. Pour bosser, c’est autre chose : chez Engadget, il fallait tourner la tête pour passer d’une fenêtre à l’autre, sans pouvoir en voir trois à la fois. Pas génial pour un produit vendu aussi comme bureau portable.

L’autonomie. Trois heures en lecture vidéo. Un film, oui. Un vol transatlantique, non.

Le prix. Il dépasse de 300 dollars l’objectif interne de moins de 1 000 dollars, en partie à cause de la hausse des prix des puces Qualcomm. Il faut ensuite ajouter les manettes, les caches anti-lumière qui ne sont pas fournis, et les verres correcteurs Zenni dont on ne connaît pas encore le tarif. En face, le Steam Frame démarre à 1 059 dollars et il est déjà dispo.

Les tailles. Dernier détail qui nous fait tiquer : il y a deux tailles, et chez Road to VR la petite serrait et glissait du nez. Vendre un produit à 1 300 dollars en ligne sans vrai guide des tailles, on sent venir les retours.

Alors, on en pense quoi ?

Honnêtement, c’est un bon produit. Probablement le plus réussi que Meta ait montré depuis longtemps. Mais il faut regarder à qui il s’adresse. Meta le présente dans cet ordre : cinéma perso, sport, travail, et en dernier le jeu. Pas de grosse exclusivité annoncée.

On pose souvent la même question aux marques qui nous parlent de casques pour un salon ou une boutique : combien d’appareils, qui les nettoie entre deux visiteurs, qui les recharge, qui surveille qu’ils ne partent pas dans un sac ? La plupart du temps, la discussion se termine sur un QR code et une expérience dans le navigateur du téléphone. Ce n’est pas un casque à 1 300 dollars avec un boîtier et un câble qui va changer ce calcul, à notre avis.

Pour une activation de marque, un appareil à 1 300 dollars, sans offre entreprise, pensé pour être porté assis dans un canapé ou un avion, ce n’est pas vraiment un outil de déploiement. C’est un joli objet pour ceux qui ont envie de regarder Disney+ en 3D.

Une chose à reconnaître à Meta quand même : depuis 2023, les cinq produits annoncés avec un prix et une date sont tous sortis à l’heure. Le printemps 2027 a donc de bonnes chances d’être tenu.

Ce que Phoenix montre surtout, c’est que la bataille ne porte plus sur la puissance. Elle porte sur le temps qu’on accepte de garder un truc sur la tête. Meta a sacrifié du champ de vision, de l’autonomie et une partie du jeu pour gagner quelques centaines de grammes. C’est cohérent. Mais tant qu’il y aura un fil qui descend vers la poche, le smartphone restera l’écran que tout le monde a déjà sur soi.

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